Votre entreprise est-elle prête pour Wikileaks ?

Il faut être honnête, jusqu'à très récemment, je n'étais pas particulièrement sensible à Wikileaks.

C'est en allant participer à Techtoc TV que j'ai pu discuter avec Fabrice qui lui est particulièrement alerte sur le sujet.

Plus qu'une sensibilisation, il m'a expliqué à quel point WIkileaks était à la porte des entreprises et dans quelle mesure elles allaient devoir modifier profondément leur manière de fonctionner.

L'image qu'il a pris me semble la plus facile à appréhender : ce qui est arrivé à l'industrie du disque va arriver aux entreprises.

Le partage des données confidentielles sur votre entreprises navigue désormais sans que vous puissiez mettre la main sur celui qui a distribué les infos, sans que vous puissiez agir contre…c'est un nouvel état de fait sur lequel vous n'avez pas la main.

Il n'y a pas 1 source ou tout est concentré, vos données sont partout sur la toile (et si ce n'est pas encore le cas, vous devez désormais agir comme tel) et tout le monde (chacun de vos employés, partenaires qui auraient accès aux données) peut partager et diffuser.

Ne pensez pas que cela soit anecdotique, "the bank of america" a déjà perdu 3% de sa valeur sur la simple rumeur que des informations seraient divulguées sur cette dernière.

Comme le rappelle Assange, évidemment ils ont des données sur les entreprises pharmaceutiques, les banques ou les géants de l'agroalimentaire, entreprises auxquelles on pense tout de suite quand on parle de scandale, mais depuis quelques mois des millions de données d'entreprises diverses et variées (pas seulement les plus grandes) sont arrivées en ligne.

La transparence n'est pas un risque potentiel mais une réalité avec laquelle il va falloir travailler.

La problématique de Wikileaks n'est pas tant sur les informations que les entreprises ont toujours voulu protéger (lancement d'un nouveau produit, études…) mais concerne plutôt des agissements répréhensibles comme par exemple des mails de boss qui parlent de la fermeture d'usines, de choix de délocalisation, des entreprises concurrentes en des termes "business".

On parle ici d'éthique (trop souvent bafouée pour des raisons business), de la manière dont les dirigeants considèrent leurs propres intérêts (et en parle par email) Vs les intérêts de l'ensemble des salariés ou pire des consommateurs eux même.

Un article est paru la semaine dernière dans Fast Company demandant à des experts de la gestion de crise comment les entreprises devaient s'organiser pour gérer cette vague (tsunami d'ailleurs), voilà les réponses :

1.  Identifiez vos zones de risque : ce qui s'est passé à Vegas ne restera pas à Vegas…

Regardez tout d'abord quelles sont les pratiques dans votre entreprise, le type de données numérique (email en particulier) qui circulent et comment sont décrits les salariés, les concurrents, les consommateurs. 

Est-ce que les dirigeants encouragent  à des pratiques à l'éthique discutable  ou à l'inverse travaillent à les éviter?

Il sera impossible que le joli discours corporate ne soit pas la réalité au jour le jour.

De la même manière, les faux semblants avec des concurrents, des partenaires, des collaborateurs ne pourront plus être LA manière de fonctionner…

2. Pensez d'abord excuses et réformes plutôt que "persécution"

La réaction majoritaire que nous avons vu de la part des politiques ou des militaires aux sorties de WIkileaks ont principalement été de dire qu'ils allaient poursuivre Assange en justice (ce qu'ils font d'ailleurs).

Mais ce type de réponse ne peut pas fonctionner et on attend d'une entreprise qu'elle soit responsable.

L'opinion sera forcément tournée sur vos mauvaises pratiques que sur les moyens par lesquels l'information a été découverte.

Il s'agit d'une règle basique dans la gestion de crise mais plutôt que de montrer du doigt en essayant de vous dédouaner, excusez vous et prenez les mesures pour régler la situation.

Les consommateurs pardonneront les erreurs mais n'oublieront pas une entreprise qui n'est pas RESPONSABLE.

3. Suivez l'opinion de vos salariés -Vous êtes aussi faible que le plus faible de vos maillons

Historiquement la sécurité a toujours été centrée sur les risques provenant de l'extérieur mais désormais les entreprise sont totalement poreuses.

Personnes ne va voler de documents, ils vont "simplement" les rendre publiques.

La satisfaction de tous les salariés n'a jamais été aussi importante (un salarié content ne fera pas de suite) et les entreprises devront plus que jamais s'assurer de ce taux régulièrement (à moins de rien n'avoir à se reprocher ce qui serait idéal (mais sans doute idéaliste).

4. Préparez vous ! Préparez-vous ! Préparez-vous !

Wikileaks va forcer les dirigeants des entreprises à se dire "et si nous étions la prochaine ?"

Il faut se préparer au pire, cela implique comme on le disait en point 1 de définir les sujets potentiellement à risque, de travailler les scénarios, de travailler des plans d'actions en amont…

Il ne s'agit pas de donner cette responsabilité au service communication mais que cela soit essentiel et au coeur de l'entreprise en commençant par la direction générale.

Très clairement Wikileaks va avoir des répercussions extrêmement importantes sur les entreprises et sur le monde de la communication.

La ventilation des budgets (90% de la com va à la publicité et au point de vente) devrait être complètement revue pour prioriser sur des démarches beaucoup plus éthiques (puisqu'il ne servira plus à rien de faire des jolies pub si la réalité vous rattrape), de la veille, de la gestion de crise…

Pour reprendre l'image de l'industrie du disque, on voit bien que les tentatives de démarches d'interdiction, de contrôle ou autre ont été complètement inefficace, alors ne faîtes pas les même erreurs pour votre entreprise.

Il est désormais relativement clair que le monde de la communication ne sera plus jamais le même.

La manière dont les marques vont être accompagnée dans cette nouvelle donne va être intéressant à suivre.

La question que je me pose ensuite c'est de savoir si les consommateurs seront prêts à payer le prix de cette transparence mais quoiqu'il en soit, le terme "e-reputation" n'aura jamais eu autant de sens qu'en 2011 et sur les années à venir…

Créé avec amour par Grégory Pouy

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