Avec les créateurs de possibles, l'UMP met les 2 pieds dans le web social

J'étais invité hier en comité très réduit à discuter avec Nathalie Kociusko Morizet et Benoist Apparu (on saluera l'accessibilité et l'authenticité) du lancement très proche (demain ?) du réseau social de l'UMP : Les créateurs de possibles. Je ne fais pas de politique sur ce blog, je ne vais donc pas commencer aujourd'hui mais juste essayer de juger du point de vue du communicant que je suis. Très rapidement ce réseau social ressemble beaucoup à celui mis en place par Coca-Cola + Skyrock : Kohop une dimension verticale en plus (possibilité d'une implication de la part des politiques). Je m'explique, l'idée est de donner la possibilité aux citoyens de se positionner dans l'action en proposant des actions locales (la place du village manque d'arbres, faisons quelque chose) voire nationale (pour les plus ambitieux), les gens peuvent rejoindre les actions proposées, s'y associer et aider pour obtenir un résultat (via une pétition ou via de l'action plus idéalement) ou à l'inverse défendre une idée inverse ou différente. L'idée de tout cela est de faire remonter des sujets aux yeux des politiques locaux voire nationaux (quelque soit leur couleur) et d'entrer dans l'action ensuite (ou pas – rien n'est obligatoire).

Objectif affiché : attirer à l'action politique des non militants.

On ne peut que féliciter la compréhension du web de l'équipe qui a mis en place le projet : 1. L'UMP n'apparait pas en tant que marque (même si le logo ressemble beaucoup) : c'est une communauté ouverte à tous les citoyens (et les politiques des autres partis peuvent y trouver des idées, des critiques aussi…) 2. Le design est simple et l'ergonomie facile (on retrouve les fonctions classiques d'un réseau social) 3. Il n'y a pas de modération à priori (ce qui est incroyable mais nous y reviendrons) 4. Ils prennent bien en compte les différents statuts définis par Forrester entre ceux qui sont actifs, ceux qui rejoignent ou ceux qui regardent simplement 5. Ce réseau social est un site à part du site de marque (lancé prochainement) 6. Ils ne mêlent pas les 2 bases de données (les données récupérées ne pourront être utilisées que dans le cadre "des créateurs de possibles") 7. Ils ont les bonnes valeurs (en volonté en tous cas): transparence, authenticité 8. Ils ont bien connectés aux autres réseaux sociaux pour diffuser (Facebook, Twitter & co) et créé des fils RSS pour suivre l'évolution des "initiatives" (jusqu'à la potentielle action).

La prise de risque est énorme car de toute évidence, des politiques locaux (quelque soit leur parti) vont se retrouver au pilori de manière visible (comment expliquer à un élu de droite qu'il se fait descendre sur un site appartenant au parti ?), des pétitions vont se monter principalement contre la droite, les journalistes vont s'en servir pour s'abreuver en problèmes locaux et tacler le gouvernement… Cela fait un peu penser au site qui permettait aux élèves de noter leur prof (site qui a été fermé très rapidement d'ailleurs). Bref, vous avez bien compris que les débuts vont être les plus durs car on peut parier que les premiers à s'emparer de ce nouveau joujou seront forcément les anti UMP qui prendront un malin plaisir à lancer des initiatives qui vont à l'inverse de la politique menée par le gouvernement et à faire du lobbying. On peut espérer que cela permette de mieux faire connaître l'existence de ce réseau social qui deviendra constructif par la suite, je pense que tout le monde à a y gagner puisque tout le monde pourra y puiser des idées, on va donc dans le sens de la démocratie (si les valeurs de transparence et de modération à posteriori sont bien tenues). Seulement voilà, l'équipe de l'UMP a bien compris une chose qui est primordiale : ce bruit existe de toutes façons, les gens mécontents peuvent s'exprimer (blog, forum, groupe facebook, pétitions locales…) et qu'il est beaucoup plus facile de monitorer, de juguler, de comprendre quand tout cela se passe chez soi de manière centralisée et les œillères ne servent à rien. Comme pour une marque, c'est une formidable manière de prendre le pouls de manière locale et nationale, de mieux comprendre les problèmes réels (proches et concrets) des français (et donc s'en servir comme outil politique par la suite). Ils ont prévu évidemment de monitorer tout cela en permanence pour éviter tout dérapage (nazi, raciste, xénophobe, critique non constructive contre 1 personne quel qu'elle soit…).

Par contre, il y a 2 éléments qui me semblent majeurs et qui n'ont pas été pris en compte : 1. Ne pas répondre dans le cas d'une attaque – on pourrait rapidement avoir l'impression que ca ne sert à rien puisqu'il ne se passe (potentiellement) rien derrière 2. Ne pas mettre en avant les personnes : il est évident (l'Homme est ainsi fait) que la motivation première pour participer à ce genre de réseau est la mise en avant de individu. Il manque cruellement un classement ou tout du moins une possibilité aux individus de ressortir.

Comme d'habitude la politique (et le porno souvent même si ce n'est pas lié) montre la voie en ce qui concerne les pratiques novatrices web mais c'est incroyable de voir qu'un parti puisse prendre de tels risques (beaucoup plus importants que pour une marque) tandis que dans le même temps, les entreprises ne sont pas prêtes à comprendre que la critique existe et qu'il est donc plus efficace de la centraliser pour mieux la comprendre, y répondre, voire y trouver des insights pour s'améliorer. Reste à savoir s'il vont réussir à tenir la barre car je pense que les pressions internes vont être monumentales pour remettre une modération à priori afin de faire taire ceux qui se montent contre le parti, ses actions ou les élus. Je leur souhaite bien du courage pour les prochaines semaines !

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Créé avec amour par Grégory Pouy

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