Vlan #55 Le futur du travail et de la mobilité dans la ville

Bruno Marzloff est sociologue, fondateur du groupe Chronos et pour son 2ème Vlan, nous allons parler du futur du travail et de son lien avec la ville.
J’ai déjà reçu Bruno sur mon podcast en juin pour parler du futur des villes et donc de manière très connectée nous parlons dans cet épisode 55 du lien intrinsèque avec le travail.
Il est évident que les villes concentrent le travail et que l’évolution des villes se fait de concert avec l’évolution du travail.

Comme c’est la rentrée pour tout le monde, il m’a semblé que cet épisode tombait juste à pic puisque vous l’écouterez sans doute entre votre travail et votre domicile.

 

Qui construit la ville? Quel lien avec notre travail?

Pendant un siècle la ville a été déterminée par des architectes et des politiques qui ont mis au centre la voiture sans forcément réaliser que cela menait à une impasse.
Finalement la filière automobile a largement contribué à la construction mais aussi à la philosophie de la ville.
A une époque ou évidemment la voiture était représentative de la liberté mais aussi de l’innovation.
Pompidou dans les années 60 disait encore qu’il fallait « refaçonner la ville pour la voiture ».
Mais aujourd’hui, il existe un rejet de la voiture en particulier pour les personnes qui vivent intramuros et on envisage le numérique comme une solution miracle à tous les problèmes de la ville.
Mais Bruno s’oppose en partie à cette position et parle par exemple de Waze.
On pourrait penser cette application comme intelligente tant elle utilise des algorithmes pour mettre du sens dans l’intelligence collective.
Cependant, pour Bruno, elle n’est pas intelligente pour le bien commun car en fluidifiant le trafic, elle ne fait que reporter le problème à plus tard.
A noter que les acteurs du web et en particulier Google ont pris une part de plus en plus importante dans la manière dont la ville se construit.
Que ce soit à travers Google Maps et Waze que l’on vient d’évoquer mais surtout de Sidewalks Labs, une filière de Google autour des villes « intelligentes » (smart cities).
Cette société permet de monitorer la ville en temps réel, de permettre à tout le monde d’accéder à ces données mais aussi de proposer des suites servicielles pour simplifier la vie dans la ville au quotidien.
Mais, comme le remarque Bruno, il reste un flou magistral sur la possession des données en particulier sur le test qu’ils sont en train de mettre en place à Toronto.
Ce n’est pas une question légère car posséder la donnée, c’est posséder le pouvoir.
Et du coup, il faut se poser la question de la place de l’usager dans cette ville maîtrisée par des sociétés privées.

 

Où allons nous travailler demain?

Dans la mesure ou les villes se sont aussi construites pour accéder à l’ensemble des services dont on pourrait avoir besoin, le digital ne va-t-il pas permettre le désengorgement des villes puisque l’on peut désormais trouver ce que l’on veut même à distance?
Mais aussi avec le télétravail par exemple mais avec la capacité de travailler dans des espaces comme les voitures autonomes?
Comme le souligne Bruno, la question du travail est déterminante dans la construction de la ville car la manière fordiste d’envisager le travail (9h-17h) créé des engorgements particulièrement néfastes pour la qualité de vie des citadins.
En particulier, cela implique de calibrer l’offre de transports publics pour gérer ces flux mais c’est évidemment illusoire car le reste du temps les routes ou les rames sont très allégées.
Bruno reconnait évidemment que le digital peut permettre de réduire ces déplacements subit en donnant la possibilité de travailler à distance.
C’est ce qu’il appelle la démobilité.
Mais les limites sont évidemment chez l’employeur qui imposent souvent la présence à 9h du matin mais par contre profitent du digital pour exiger une réactivité le soir ou le WE.
Pour Bruno ce qui est en train de s’inventer c’est une individualisation des solutions avec des nouvelles manières d’envisager le travail pour chacun.
Que ce soit à travers les espaces de co-working, le travail à distance doit aussi se mêler avec le présentiel qui est évidemment non négociable et très important pour que cela fonctionne bien.
Les voitures autonomes vont se réaliser mais selon Bruno, il faut surtout réfléchir à savoir si cette logique de la voiture particulière a toujours du sens tant les routes sont complètement surchargées.
On peut évidemment envisager que les voitures autonomes seront nos bureaux de demain et que par conséquent, on sera moins regardant au temps passé dans ces dernières puisque ce dernier sera devenu productif.
Mais pour Bruno, il faut réinventer la manière d’utiliser la voiture, que ce soit par un principe de voiture partagée (type autolib) ou de co voiturage mais dans tous les cas, on ne pourra pas maintenir cette logique de voiture individuelle à terme.
D’ailleurs, des solutions s’appuyant sur la blockchain envisagent de résoudre cette problématique de covoiturage dynamique sur des courtes distances.
Au final, au centre du travail de demain se trouve la confiance: peut-on être dans un modèle de confiance tel que l’on peut envisager un nouveau modèle de productivité du travail et dans lequel l’épanouissement du travailleur sera au coeur des objectifs de l’entreprise.

Je pense qu’il y a encore beaucoup à dire sur l’évolution du travail et j’aurais l’occasion d’y revenir.
Je trouvais intéressant de le regarder sous le prisme de la ville car c’est une relation totalement imbriquée et souvent subite par la plupart des citadins qui « montent » à la ville pour pouvoir trouver un travail qui les satisfait

gregfromparisAuteur: Grégory Pouy
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