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Facebook Home va-t-il précipiter la fin du web social?

Si j'ai écris une longue note à chaud sur le lancement de Home, j'ai eu, entre temps, le temps d'y réfléchir.

Comme je l'expliquais Home se lance dans un contexte un peu compliqué pour Facebook.

Même si dans son excellente note Yann relativise  le désamour et démonte intelligemment mon post (rien de tel que des avis contradictoires pour se faire son avis), je continue de croire (et mes discussions le confirment) que Facebook n'a pas le vent en poupe.

Déjà en septembre j'écrivais pour le Figaro sur la fin du web social tel qu'on le connait pour aller vers plus de vie privée ou des réseaux plus verticaux (par thématique très précise), expliquant que finalement après un trop plein de vie publique, d'interruption permanente, les gens auraient naturellement un mouvement de rejet pour un retour vers l'authentique et un resserrement des liens avec ceux qui leurs sont vraiment chers. Ainsi les courses aux nombres d'utilisateurs (pour les réseaux), d'amis (pour les particuliers) devraient être relativisées (nous n'avons que x utilisateurs mais ils nous aiment/mais ils sont très impliqués…).

D'ailleurs, des prémisses de cette tendance s'étaient vues quand Thierry Crouzet avait fait l'expérience de se déconnecter totalement et d'en faire un livre.

De manière plus empirique, ils nous arrivent de plus en plus de dire "whaouh, je me suis totalement déconnecté, ça m'a fait un bien fou" ou on challenge ses amis sur le fait de ne pas se connecter sur Facebook pendant leurs vacances.

Qu'on le veuille ou pas, le web social, c'est un divertissement permanent quand on s'ennuie mais également une pression permanente (combien je vais avoir de RT, combien je vais avoir de "like", de "commentaires", pourquoi il ne m'a pas accepté en ami….), un acte légèrement déshumanisant (combien de couples au restaurant sont chacun sur leur portable?) et surtout, une interruption permanente dans votre vie.

Ainsi, on voit de manière naturelle, après le film sur Facebook, un film au nom évocateur: Disconnect.

De la même manière, ce n'est pas un hasard si une agence vient de faire une présentation sur les personnes qui choisissaient de se déconnecter – une tendance qui devrait prendre de l'ampleur.

 

C'est donc dans ce contexte que Facebook lance Home.

Home va donc à l'inverse de cette tendance: récupération de l'ensemble de vos données, des applications que vous utilisez, de votre position géographique et en proposant une connexion permanente.

Ceux qui ont déjà un neurone dans cette tendance de déconnexion ne téléchargeront sans doute pas Home (ou ne le conserveront pas longtemps sur leur téléphone), il s'agit donc des autres.

Mais j'ai cette sensation que ce produit pourrait réussir à dégouter ceux qui ne l'étaient pas encore pour finalement accélérer leur volonté de se déconnecter (ou de se connecter autrement).

Si je reconnais aisément que Facebook a vraiment créé une innovation forte et intéressante dans le secteur du mobile parce qu'ils dépassent les applications et se concentrent sur l'individu, je crois qu'ils ne vont pas dans le sens des usages, au moins, pas en occident.

Déjà on discute aux U.S. de la nationalisation de Facebook pour des raisons évidentes de sensibilité de la masse des données personnelles détenues, d'autres, comme Fast Company, propose à Facebook de développer, à l'instar de Google, un mode "incognito".

Quoiqu'il en soit, Facebook doit bouger en permanence afin de rester pertinent, ils doivent tester aussi et Home ouvre la porte à de nombreuses idées qui pourraient se révéler très intéressantes – attention néanmoins à ne pas précipiter sa propre perte.

gregfromparisAuteur: Grégory Pouy

Comments :

  1. Fred J wrote…

    Ne parle t’on pas de phénomènes « à la marge »? De même que les socionautes actifs ne sont en réalité pas légions versus le nombre de comptes ouverts, les déconnexions tiennent plus à mon sens de l’expérience que du rejet.
    Pour le reste, je pense que la réalité est la suivante : Tant que Facebook restera friendly, il remportera l’adhésion. quand Facebook inquiètera, il génèrera du rejet. Le contrat est là et sous entend une obligation de vertu…
    si Facebook a des raisons de s’inquiéter, c’est qu’il devient inquiétant. Et les média traditionnels et web veillent, prompt à sauter sur le moindre buzz potentiel.